Pourquoi cette omerta des grands patrons du BTP sur l'immigration alors que ce secteur est celui qui compte la plus grande proportion d'étrangers, en situation régulière ou non? Nicolas Jounin, enseignant de sociologie à l'université Paris VIII répond à cette question dans la dernière livraison de la revue Agone consacré à l'immigration, ou plus précisément à "L'invention de l'immigration". Dans le cadre d'une enquête sur les travailleurs du bâtiment de la région parisienne, ce chercheur s'était fait embaucher comme intérimaire sur des chantiers de construction. Un livre en est sorti: Chantier interdit au public (La Découverte, 2008). Pour Libération, Nicolas Jounin explique comment il en est arrivé à la conclusion que, pour les entreprises du bâtiment à la recherche de main d'œuvre bon marché, l'immigration n'est pas un problème mais une solution. Interview.
Selon vous, le BTP a un double discours sur l'immigration. D'un côté, ce secteur emploie un pourcentage élevé d'immigrés, mais les patrons refusent de reconnaître que cette main d'œuvre leur est utile car bon marché et continuent de prétendre vouloir attirer des Français?
Le discours de la Fédération française du bâtiment (FFB) esquive effectivement la question de l'immigration. Son ancien président déclarait ainsi en 2002 : "Avant qu'on parle d'immigration, j'aimerais bien qu'on remette au travail ces Français qui sont actuellement accrochés au système des indemnités de chômage." C'est curieux, alors que le BTP reste le secteur qui a le plus recours à des travailleurs immigrés. Le cas particulier des sans-papiers est éclairant ; lorsque, récemment, nombre d'entre eux se sont mis en grève dans plusieurs secteurs de l'économie, et alors que le patronat de l'hôtellerie-restauration s'est prononcé à un moment pour une régularisation massive, la FFB est toujours restée silencieuse.
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