Blog du Collectif Fontenay pour la Diversité - RESF Fontenay-sous-Bois
« Cela m’affecte tellement de penser qu’on peut s’imaginer que j’ai exploité quelqu’un ! ». Chahrazad Allam a le regard qui vacille quand elle évoque sa convocation en justice. Qualifiée en 1996 de « Femme sans peur » par un quotidien allemand, cette ancienne conseillère municipale vit aujourd’hui dans l’angoisse.
Parce qu’elle a offert le gîte et le couvert à une femme en détresse et l’a dépannée financièrement, la voilà sous le coup d’une accusation de travail dissimulé. Et doit acquitter une contribution spéciale de 3310 euros pour l’emploi « d’un étranger non muni du titre l’autorisant à exercer une activité salariée en France ».
« Je lui ai donné les clés de chez moi »Une somme impossible à payer pour cette femme éducatrice spécialisée dans une association de défense des droits des enfants.
C’est fin 2006 que Chahrazad a fait la connaissance de Houria, qui était arrivée d’Algérie en France en 2001 avec un visa touristique. « C’était une femme très discrète, très douce qui parlait peu. Elle avait échappé à un mariage forcé et avait subi des violences de la part de son futur époux. Elle souffrait de crises d’angoisse et de cauchemars, qui nécessitaient un suivi médical régulier ».
Chahrazad évoque une femme profondément traumatisée, « qui sursautait et hurlait si on arrivait derrière elle sans prévenir ». Et qui passait des heures sur un banc au centre de Strasbourg sans savoir où aller. « Je lui ai donné les clés de chez moi et je lui ai dit, si tu veux un endroit où souffler, vas-y. »
Houria se prend d’affection pour les deux filles de l’éducatrice âgées de 6 et 7 ans, dont l’une est handicapée. Leur mère, qui les élève seule, doit se démener entre son travail, l’école et les soins. Elle se bat aussi pour Houria, comme elle l’a fait pour beaucoup d’autres avant elle, et lui trouve un contrat de travail.
Mais Houria n’obtient pas de titre de séjour même au titre des soins médicaux. En 2008, elle accepte la demande en mariage d’un militaire français d’origine algérienne, plus âgée qu’elle.
L’employé d’état-civil, trouvant la différence d’âge suspecte (!), la signale au procureur à Strasbourg. « Quinze jours avant la cérémonie, Houria a été convoquée par la police aux frontières, placée en garde à vue puis au centre de rétention ». Et finalement expulsée vers l’Algérie. Aux policiers, Houria a expliqué que Chahzarad l’avait aidée financièrement et qu’il lui arrivait de garder ses deux filles le mercredi pour la dépanner. D’où les poursuites engagées par le procureur.
Histoire « démesurée »Aujourd’hui, Chahrazad Allam est sous antidépresseurs, « oubliée » par ses anciens collègues du conseil municipal. Seuls ses voisins du quartier et les femmes qu’elle a aidées depuis dix ans la soutiennent comme ils peuvent. En attendant, Chahzarad ne sait pas comment elle va se sortir de cette histoire « tellement démesurée ». Et attend avec effroi l’audience de vendredi.
G.D-A - Lalsace.fr