Eric Besson explique qu'en rasant la «jungle», il lutte contre les passeurs.
C'est exactement le contraire. Chaque fois qu'on rend plus difficile la poursuite du voyage, qu'on offre une liberté de circulation proche de zéro, outre qu'on porte atteinte à la Convention de Genève(1), on renvoie les exilés à des spécialistes du cheminement. Détruire la «jungle» renforce le pouvoir des passeurs. On les rend indispensables.
Comment ça?
C'est la logique de Chicago, de la prohibition. Les gens ont absolument besoin de franchir les frontières, même si elles sont fermées. Du coup, il y a un marché. Les voyous essaient de s'en emparer. Les migrants, eux, essaient de voyager moins cher, de se rendre indépendants des mafias. Je reviens d'une mission pour Migreurop au Maroc. Les gens apprennent à nager, s'organisent entre compatriotes, pour des prix honnêtes, sans rançonner les familles, une forme d'artisanat. Mais plus les gens sont fragiles, plus on crée les conditions de la prospérité des mafias. (...)
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