Blog du Collectif Fontenay pour la Diversité - RESF Fontenay-sous-Bois
La Côte d’Azur peut devenir un enfer. Surtout lorsqu’elle se situe dans le 10e arrondissement de Paris. Dans ce restaurant au nom flatteur, planté face à la Bourse du travail, y travaillait d’arrache-pied. Aux cuisines, en salle, au bar. Cet Ivoirien de quarante et un ans était là, le matin, à 11 heures. Et repartait le soir aux alentours de minuit, tirant le rideau de fer avec les clés que lui avait confiées son patron. Il travaillait six jours sur sept. Parfois toute la semaine. Seulement voilà : hier matin, Aly a été emmené par les policiers des renseignements généraux. Dénoncé, semble-t-il, par son propre patron.
Car Aly Touré n’a pas de papiers. Arrivé en France avec un visa, voici cinq ans, il attend encore d’obtenir un titre de séjour. De petit boulot en petit boulot, il a atterri au Côte d’Azur en 2008. Le patron de l’estaminet n’ignore pas sa situation. Et ne semble pas un parangon de vertu. Selon la CGT, il signe avec Aly - et un autre sans-papiers - un contrat à temps partiel de 43 heures par mois. « En réalité, les deux employés bossaient 240 heures, le reste étant payé en liquide pour un montant équivalent au SMIC », assure Olivier Villeret, le secrétaire général de l’union départementale CGT.
Notre patron aime bien faire travailler ses employés. Il aime aussi les « loger ». À Aly Touré et à sa femme, enceinte aujourd’hui de sept mois et demi, il loue un débarras de 6 m2, au sixième étage d’un immeuble de la rue Magenta. Une fenêtre de toit, un point d’eau. Pour 400 euros par mois. Sans contrat ni quittances.
L’union locale CGT a bien compris cette situation. Et depuis le mois de décembre, elle tente de convaincre le patron du restaurant de l’aider à régulariser la situation d’Aly et de l’autre employé sans papiers. En vain. Le 30 avril, le syndicat tente une nouvelle médiation. « Au bout de vingt minutes, raconte Olivier Villeret, le patron a décroché son téléphone et demandé à son comptable de préparer le solde de tout compte de ses deux employés ! Ils étaient virés… » À partir de là, Aly, épaulé par des acteurs associatifs et syndicaux, décide d’attaquer aux prud’hommes. Et de faire le piquet de grève chaque jour, pendant quelques heures, devant le restaurant.
Il s’apprêtait encore à distribuer des tracts lorsque les pandores l’ont emmené hier matin. Dans l’appartement, sa femme enceinte n’est pas restée seule longtemps. « Bizarrement, quelques minutes après le passage des policiers, elle a reçu la visite du patron du restaurant, accompagné par trois ou quatre gros bras ! », explique Marie-Thérèse Eychart, conseillère municipale (PCF) de l’arrondissement. Malgré sa grossesse difficile, la femme est foutue dehors sans ménagement, toutes ses affaires fourrées dans des sacs poubelle et jetées dans la cour de l’immeuble.
La nouvelle a aussitôt scandalisé élus et associations. La sénatrice communiste Nicole Borvo a interpellé hier le préfet de police, Michel Gaudin, sur cette situation d’urgence. Tandis que la femme d’Aly Touré portait plainte au commissariat. Le téléphone du restaurant, lui, sonnait désespérément dans le vide.
Laurent Mouloud - Lhumanite.fr