Patrick Peugeot, président de la Cimade, fait le point sur la situation dans les centres de rétention et sur les appels d’offres contestés de l’État.
La Cimade intervient dans les centres de rétention administrative (CRA) depuis 1985. Elle a été rejointe par le Secours Catholique dans trois centres en 2007. En août 2008, le ministère de l’Immigration a publié un décret modifiant le dispositif d’aide aux étrangers dans les CRA : les 27 centres ont été répartis en 8 lots avec interdiction d’organiser des interventions conjointes, comme c’est le cas aujourd’hui dans les centres où la Cimade et le Secours Catholique travaillent ensemble. Mais surtout, il interdit l’organisation d’une coordination nationale qui permette de suivre les retenus d’un centre à l’autre et de veiller à une égalité de traitement dans les différents centres.
Le premier appel d’offres organisé selon ces nouvelles dispositions a été annulé le 30 octobre par le tribunal administratif de Paris, qui a mis en évidence le peu de souci que montrait l’administration de la qualité du service rendu par les prestataires, puisque l’aide à l’exercice effectif des droits tendait à être remplacée par une simple information des personnes. De nombreuses organisations ont alors demandé au ministre de l’époque d’organiser une concertation sur la mission associative en rétention, au lieu de quoi le ministère a diffusé en décembre un nouvel appel d’offres presque identique au premier.
Il est pourtant essentiel que cette mission ne soit pas dénaturée. Si des améliorations des conditions matérielles de rétention ont été apportées, le “climat” se dégrade continuellement dans les centres depuis 2003. Les objectifs chiffrés d’expulsions et l’industrialisation du dispositif de la rétention (700 places en 2003, 2 000 aujourd’hui) installent une pression très importante sur la police et les préfectures, et donc sur les étrangers. Les interpellations massives, l’enfermement de personnes vulnérables et même d’enfants, l’absence de prise en compte des situations humaines particulières, tout cela accroît la souffrance dans les centres de rétention et conduit les personnes à des actes extrêmes, comme l’incendie du CRA de Vincennes en juin à la suite de la mort d’un retenu. La Cimade a accepté de prolonger sa mission jusqu’au 31 mai 2009 et a déposé avec dix autres organisations un recours contre le décret devant le Conseil d’État, tout en continuant à espérer qu’une concertation avec le nouveau ministre permette de sortir de ce conflit par la mise en place d’un dispositif respectueux des droits et de la dignité des personnes.
Source : le Secours catholique