Blog du Collectif Fontenay pour la Diversité - RESF Fontenay-sous-Bois
Arrivé au siège du « Parisien » et « Aujourd’hui en France » accompagné de son attaché de presse, c’est un Vincent Lindon décontracté qui a répondu à nos questions. « J’ai tout le temps qu’il faudra à vous consacrer », a prévenu l’acteur, pourtant engagé dans une promotion marathon pour le film «Welcome », qui sort mercredi.
A 49 ans, Vincent Lindon y incarne un maître nageur habitant Calais qui va aider un jeune clandestin kurde à traverser la Manche à la nage. Un rôle qui l’a conduit à s’engager contre les lois anti-immigration. Entretien
Vous êtes-vous identifié à ce maître nageur qui prend des risques pour aider un clandestin ?
Vincent Lindon. Au départ, j’ai accepté le rôle pour des raisons cinématographiques. Il y avait dans le scénario une dramaturgie formidable et un terrain propice à un grand film romanesque. Au début de l’histoire, Simon aide ce jeune Kurde pour récupérer la femme qu’il aime. Puis, progressivement, il obéit à des motivations plus inconscientes. C’est un homme qui se regardait le nombril et qui lève enfin les yeux. Il est happé par un sens civique et va devenir un hors-la-loi.
En quoi ce rôle vous a-t-il particulièrement marqué ?
Simon, ce qu’il me renvoie, c’est l’obligation de me tenir droit dans mes bottes. J’imagine des gens me croiser après avoir vu le film et se dire : Mais alors, en fait, tout ça, c’est n’importe quoi ! Il aide un clandestin dans le film et puis, ensuite, il fréquente les restaurants de luxe… Donc, je ne peux plus me présenter dans ces endroits-là. Il y a des trucs que je n’ai plus envie de faire.
Qu’avez-vous découvert
Une ville en état de siège. Le long du port, j’ai vu les barbelés de 5 m de hauteur avec des pics que personne ne peut franchir. Des CRS en camionnettes blindées qui fond des rondes toutes les cinq minutes. Et tous ces migrants prêts à essayer de se glisser entre deux essieux, prêts à tout pour passer de l’autre côté. C’est ce qui m’a le plus marqué en onze semaines de tournage.
Qu’avez-vous appris sur les clandestins ?
Que ces gens sont inarrêtables. Qu’ils fuient un pays en guerre, qu’ils aillent rejoindre leur famille exilée ou qu’ils cherchent un Eden à l’ouest, ils n’ont plus rien à perdre. Ce qui est incroyable, c’est qu’on les voit toujours comme des gens qui ne savent ni lire ni écrire, alors qu’il y a parmi eux des professeurs, des médecins, des étudiants. Ils sont souvent super-courtois, très éduqués. Avec Philippe Lioret, le réalisateur, on en a pris trois en stop sur le chemin de la gare. C’étaient des gens très érudits, qui parlaient anglais. Et pacifiques : à Calais, il n’y a ni vol, ni pillage, ni viol. (...)
Lire la suite sur leparisien.fr
A lire sur le même sujet sur leparisien.fr :
Pour Eric Besson, "le réalisateur a franchi la ligne jaune"
Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a estimé samedi que le réalisateur du film «Welcome», consacré à l'immigration clandestine, avait «franchi la ligne jaune» en assimilant les clandestins aux Juifs pourchassés sous l'Occupation. Le réalisateur, Philippe Lioret, «a plus que franchi la ligne jaune lorsque dans une interview à La Voix du Nord, il dit "les clandestins de Calais sont l'équivalent des juifs en 43" : cette petite musique-là est absolument insupportable», a déclaré M.Besson sur RTL.
«Suggérer que la police française c'est la police de Vichy, que les Afghans sont traqués, qu'ils sont l'objet de rafles, etc., c'est insupportable», a-t-il insisté.
Dans «Welcome», qui sort mercredi, Vincent Lindon incarne un maître nageur de Calais qui s'attache à un adolescent irakien, prêt à tout pour rejoindre sa petite amie émigrée à Londres.
Dans un entretien accordé samedi au Parisien - Aujourd'hui-en-France, l'acteur s'insurge particulièrement contre un article de la loi qui stipule que «toute personne venant en aide à une personne en situation irrégulière est passible de 5 ans de prison».
«Je sais que le ministre (Besson) a une tâche difficile, mais il fait semblant de nier l'existence de cette loi», dit-il, en espérant que «Welcome» «puisse contribuer à changer cette loi».
Leparisien.fr avec AFP