Communiqué de RESF (19 novembre 2008) :
Une dépêche de l’AFP du 18 novembre publiée en début de soirée annonce la décision de Monsieur Hortefeux, ministre de l’identité nationale, de régulariser Victorine Dikobo, ressortissante camerounaise, privée de son titre de séjour à la suite du décès, à l’âge de trois mois, de son enfant français. Cette décision honteuse avait été prise en vertu des textes de loi voulus par M. Sarkozy alors ministre de la chasse à l’enfant et de M. Hortefeux qui assigne à chaque préfet un nombre d’expulsions à réaliser dans l’année, à l’unité près.
En application des lois de M. Sarkozy et des objectifs de M. Hortefeux, le préfet des Hauts-de-Seine avait retiré son titre de séjour à Victorine et prévu son expulsion et celle de ses deux enfants (3,5 ans et 2 ans) nés en France. Mal lui en a pris. L’affaire s’est ébruitée, un scandale en est né.
Il en va de certains ministres comme de certains nuisibles : la lumière les effraie. Dès lors que l’affaire a commencé à être médiatisée, M. Hortefeux a battu retraite et annoncé, précipitamment, qu’il régularisait Victorine, réparant ainsi la sorte de stupidité commise, selon lui, par le préfet des Hauts de Seine : « Le ministre a estimé "qu’aucun élément —et évidemment pas le décès de l’enfant il y a quatre ans— ne pouvait justifier la décision prise par le préfet des Hauts-de-Seine", tient-il à préciser. (Communiqué du ministère de l’identité nationale du 18 novembre).
Ainsi, à en croire M. Hortefeux, ce serait le préfet des Hauts de Seine qui serait responsable de tout. Ce n’est pas la première fois que cela se produit. En réalité, à chaque fois qu’il est contraint de reculer, ce ministre se défausse sur les préfets et leurs subordonnés.
Il faut que les choses soient dites clairement. La politique du chiffre, les quotas imposés (avec félicitations et primes pour ceux qui les remplissent, réprimandes et brimades pour ceux qui échouent) provoquent obligatoirement des drames tel celui vécu par Victorine, ses enfants et leur père.
Quand ils sont connus, quand ils sortent du secret des commissariats, des préfectures et des centres de rétention, le ministre recule et se défausse sur les préfets, l’administration et la police. « Salauds de préfets » ? Qui digèrent les couleuvres.
Mais ce n’est pas le plus grave. Le pire serait qu’ils s’habituent. Et que l’expulsion de parents ayant perdu leur enfant, de pères laissant leur famille en France, de jeunes majeurs arrachés à leurs parents et à leurs frères et sœurs, d’amoureux empêchés de s’unir, de travailleurs réclamés par leur patron devienne la routine. Que des fonctionnaires s’habituent à ne plus voir les hommes et les femmes derrière « les cas ». La déshumanisation des situations a ouvert la porte par le passé aux possibilités les plus terribles. M. Hortefeux entraine l’administration et la police dans cette voie. Il faut que cela s’arrête. Il doit être arrêté.