Blog du Collectif Fontenay pour la Diversité - RESF Fontenay-sous-Bois
Deux semaines après l'adoption par le Parlement européen de la «directive retour» — qualifiée de «directive de la honte» par de nombreuses associations — l'Unicef, un organisme de l’ONU, lance un appel pour la protection des mineurs étrangers isolés.
On estime qu'ils seraient entre 4.000 et 6.000 en France, souvent livrés à eux-mêmes ou à des trafiquants. Derrière les chiffres, des situations très diverses: originaires d'Afrique, des Balkans ou d'Afghanistan, ces enfants fuient la guerre, fuguent, ou cherchent à retrouver des proches.
A leur arrivée en France, ils sont placés dans les zones d'attente situées dans les aéroports. Les enfants de plus de 13 ans sont directement mêlés aux adultes. Une situation «indigne» et contraire à la convention des droits de l'enfant, dont la France est signataire, signale Fabienne Quiriau, présidente de la commission enfance à l'Unicef France.
Elle rappelle aussi que la loi du 5 mars 2007 prévoit que tout enfant privé de la protection de sa famille doit être pris en charge par l'assistance publique.
La rue comme issue
Pourtant, sur les 680 mineurs arrivés dans les zones d'attente en 2007, 252 ont été refoulés. Souvent en direction du dernier pays de provenance, dont le jeune n'est parfois même pas originaire et où il n'a pas d'attaches familiales. La «directive retour», votée le 18 juin dernier, n'est pas revenue sur ce point.
Elle autorise même l'enfermement des mineurs dans les zones d'attente, pour la même durée que les adultes, c'est-à-dire au maximum 18 mois. En France, le gouvernement a réaffirmé qu’elle n’irait pas au-delà des 32 jours déjà en vigueur. Fabienne Quiriau rappelle que ces jeunes sont «des enfants à protéger avant d'être des étrangers à expulser».
Pour les 414 jeunes qui n'ont pas été reconduits en 2007, un nouveau parcours du combattant débute. Entre imbroglio administratif et lenteur des procédures. Une partie est tout de même placée et prise en charge par les services de protection de l'enfance.
Pas forcément un gage de succès, à en croire Fabienne Quiriau: «Ces jeunes ont des parcours très difficiles, ils sont traumatisés, ne parlent pas bien le français. L'accompagnement est délicat. Souvent, ils fuguent à nouveau».
En situation d'errance, ils retrouvent dans la rue ceux qui n'avaient pas bénéficié d'un placement. Il y aurait actuellement entre 3.000 et 4.000 mineurs étrangers dans cette situation en France, livrés à eux-mêmes, aux réseaux et aux trafics en tous genres: pédophilie, prostitution, travail clandestin, délinquance organisée, drogue...
Un statut juridique adapté
L'Unicef, associé à de nombreuses associations, lance donc un appel ce jeudi demandant la création d'un statut juridique (sinon européen, au moins français) avec une protection adaptée pour ces mineurs. Cela aurait le mérite de clarifier la situation entre l'Etat et les conseils généraux, qui ne manquent pas de se renvoyer la balle sur la prise en charge des mineurs étrangers.
L'Unicef demande également de créer des espaces d'accueil dédiés pour ces jeunes et de mettre fin à leur présence dans les zones d'attente.
Reste le plus difficile: l'intégration, une fois leur majorité atteinte, pour les jeunes arrivés après l'âge de 16 ans. Ayant très peu de chances d'obtenir un titre de séjour, ils se retrouvent souvent privés de papiers et donc illégaux.