Blog du Collectif Fontenay pour la Diversité - RESF Fontenay-sous-Bois
Chloé Faisse-Bonnaud est une juriste française qui intervient dans les centres de rétentions administratifs (CRA) de Paris (celui de Vincennes, avant qu'il ne soit détruit par les flammes, et le Dépôt, situé dans l'enceinte du Palais de Justice de Paris).
Je travaille depuis un an et demi pour la Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués), la seule association en France autorisée à entrer dans les centres de rétentions. Avec trois collègues, j'étais affectée au centre de Vincennes, qui a brûlé le 22 juin dernier. Nos bureaux se trouvaient dans le centre lui-même, à la limite de la « zone de vie », la partie réservée au retenus.
Le matin, nous nous occupions des nouveaux arrivants, entre 20 et 50 par jour. Nous essayions de les mettre en confiance, nous leur expliquions la procédure dont ils faisaient l'objet puis nous tâchions d'effectuer le plus rapidement possible un diagnostique juridique. Il est primordial pour nous de les prendre en charge dès leur arrivée au centre, la première semaine est décisive.
L'après-midi était consacrée aux retenus déjà présents sur le site et qui avaient demandé à nous voir, pour des questions juridiques ou simplement pour un soutien psychologique.
Toute la journée nous épluchions les procédures à la recherche d'un vice qui pourrait bloquer les reconduites à la frontières.
Le drame des centres de rétentions, c'est qu'ils mélangent des gens qui n'ont rien à voir entre eux et qui n'ont pas les mêmes besoins. Des toxicomanes côtoient des malades mentaux et de simples pères de famille sans histoires. Celui de Vincennes avait le triste record d'accueillir 280 personnes, c'était un véritable enfer. Les fonctionnaires de police affectés au centre étaient pour la grande majorité des stagiaires, bien souvent débordés par la situation. Parce que nous jouions le rôle d'intermédiaires entre les retenus et les policiers, certains d'entre eux sont devenus méfiants, voire hostile envers nous.
Ces derniers temps, nous étions tous à bout. La cellule d'isolement se trouvant en face de nos bureaux, nous étions les premiers spectateurs de la détresse des retenus. Certains devaient être mis à l'isolement menottés et avec un casque sur la tête pour ne pas se taper la tête contre les murs. J'ai aussi vu des gens avec les veines lacérées et j'ai eu sous les yeux une radio de l'estomac d'un retenu qui avait avalé des lames de rasoir...
Le décès du Tunisien, intervenu la veille de l'incendie du centre, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Je ne peux que me réjouir que cet enfer sur terre ait brûlé.
Depuis l'incendie, nous travaillons dans les locaux de la Cimade, situé dans le XVIIe arrondissement de Paris. Nous continuons d'aider les étrangers et nous redoutons la construction d'un nouveau centre.
J'ai 27 ans et je sais que je ne pourrai pas continuer à faire ça toute ma vie. Ca fait un an et demi que je me bats pour empêcher les reconduites à la frontière. En général, les gens tiennent trois ans."
Source : France24.com