Sur les pancartes des lycéens, il s’appelle Yero. Dans le centre de rétention où il est enfermé, c’est Idrissa. Jeudi, lors de la mobilisation parisienne contre les violences policières après la mort de Rémi Fraisse, entre deux slogans «la police assassine», certains criaient à tue-tête ce prénom, Yero. D’autres, comme Marthe, se l’étaient carrément écrit sur le front, au rouge à lèvres rouge. «Yero, c’est un lycéen, il est comme nous. La France veut l’expulser parce que soi-disant il a plus de 18 ans. Il faut le sauver.»

La préfecture de Police de Paris a accepté ce lundi matin de recevoir une délégation (trois lycéens et une prof) pour évoquer le cas de Yero. Pendant ce temps, une centaine de lycéens et militants faisait le pied de grue devant la porte, histoire de mettre la pression. Mais vers midi, tweets d’espoirs douchés.

 

«Ils n’ont rien voulu entendre, ils disent être en phase de réflexion sur ce dossier, mais qu’ils ne le libéraient pas. Ils le voient comme un fraudeur et pas comme un lycéen», rapporte Marianne Cabaret-Rossi, prof d’histoire et militante à Réseau éducation sans frontière (Resf). C’est la marraine républicaine de Yero, depuis le 4 juillet dernier. «J’ai essayé de leur faire comprendre que comme les autres, il était la victime d’un système, et sûrement pas un fraudeur.»

Expulsé dans un pays qu’il ne connaît pas ?

Vendredi 24 octobre, vers 21 heures, Yero descend de la chambre d’hôtel où il est hébergé par le Samu social, dans le XIIe arrondissement à Paris. Un pote vient de l’appeler, il le rejoint devant la porte pour discuter. La police passe dans la rue. Contrôle d’identité. Yero n’a aucun papier sur lui, il est embarqué au poste. Ses empreintes digitales correspondent à une personne inscrite dans le fichier, un certain Idrissa Sall, un Sénégalais âgé de 23 ans, et arrivé en France avec un visa de sept jours, expiré depuis longtemps.

«Yero est venu en France avec un faux passeport, que sa mère lui a acheté. En réalité, il a 17 ans et est Mauritanien. C’est ce qu’il dit, et je le crois. Les éléments concordent dans ce qu’il raconte. Les lieux, les distances, ça tombe pile poil», assure Marianne Cabaret-Rossi. Il vit en France depuis janvier 2013. Au début pris en charge par l’aide sociale à l’enfance, il a été «éjecté du jour au lendemain comme c’est souvent le cas, poursuit-elle, sur la base des fameux tests osseux qui le disaient majeur.»

Yero dort pendant un mois dans la rue, avant d’être hébergé par le Samu social, dans un hôtel. Depuis la rentrée de septembre, il va tous les matins au lycée Léonard de Vinci (Paris XVe), inscrit en CAP de menuiserie. «Il veut obtenir un diplôme, faire quelque chose de bien, raconte sa «marraine». Je lui ai demandé de m’écrire son histoire. C’est le premier garçon de la famille, il a deux grandes sœurs, et sa mère l’a envoyé peu de temps après la mort de leur père. La plus grande crainte de Yero, ce n’est pas tant d’être expulsé vers le Sénégal, un pays qu’il ne connaît pas. Non, son angoisse, c’est que sa mère pense qu’il a été mis à la porte de la France parce qu’il a fait quelque chose de mal.»

«Toujours ces tests osseux… pas fiables»

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