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Qui Sommes-Nous?

  • : Le blog de Fontenay pour la Diversité
  • : Blog du Collectif Fontenay pour la Diversité - RESF Fontenay-sous-Bois
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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 18:52

« Si on voulait vraiment faire quelque chose pour qu’ils partent, il faudrait fermer la boutique téléphonique. »

Ce Calaisien termine sa pause cigarette en regardant passer quelques Soudanais avec inquiétude. Il ne leur a jamais adressé la parole, mais il a mis le doigt sur un sujet sensible, souvent repris par l’extrême droite locale pour pointer la « fausse » misère de ces « profiteurs ». Ils ne sont pas dans le besoin, on vous dit, puisqu’ils ont tous des smartphones.

De fait, après une solide paire de pompes, c’est l’objet le plus précieux dont ceux qualifiés de « migrants » auront besoin durant leur périple. A Calais, les lieux pour recharger se transmettent de bouche à oreille, comme tous les bons plans. A tel point qu’un projet pour financer un générateur dans les jungles avait été lancé .

« Ils ont quasiment tous un portable », semble encore s’étonner Matthieu, qui travaille aujourd’hui à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Offi) de Montpellier.

« Même ceux qui n’en ont pas, on arrive toujours à les joindre indirectement, les téléphones tournent beaucoup. »

Appeler les secours ou avoir l’heure

Le téléphone est souvent le seul lien entre l’administration et le demandeur d’asile, dont la prise en charge ne commence qu’après plusieurs semaines de procédure. Mais ça n’est pas son but premier. « Ils ont toujours des tonnes de contacts », constate le fonctionnaire.

En traversant illégalement un pays, en vivant la plupart du temps dans la rue, pouvoir appeler ou au moins être joignable est indispensable pour garder un minimum la main sur son quotidien.

Pour s’organiser avec des compagnons de route, contacter des associations, voire les secours, ou encore fixer des rendez-vous avec les passeurs. Ou tout simplement avoir l’heure.

« Mais ça n’est que local », nuance Ahmad. Ce Syrien de 30 ans a fini par demander l’asile après être resté coincé plusieurs mois à Calais, « longtemps sans même avoir de carte SIM », car « c’est limité », affirme-t-il.

« Ce qui est le plus important, c’est Internet : tu peux parler au monde entier [...].

Quand je suis arrivé à Calais, des Syriens m’ont donné deux codes wifi, qu’on leur avait déjà donnés. »

Les coups de main de la diaspora

Facebook, WhatsApp, Skype, Viber...

« Rester en contact avec la famille, leur dire qu’on va bien, où on en est... Cela ne coûte plus rien. »

Mais pour la communauté syrienne, « très solidaire », selon Ahmad, les réseaux sociaux ouvrent également la porte à de nouvelles formes d’entraide. La diaspora syrienne possède de multiples groupes communautaires sur Facebook et », comme on prend tous plus ou moins la même route jusque l’Italie, il y a toujours quelqu’un qui est passé par là qui saura t’orienter ».

Comment passer d’un endroit à un autre, quel train prendre, le numéro d’un passeur local, ou même emprunter de l’argent… Les informations s’échangent très vite.

« J’ai moi-même aidé plusieurs personnes que je n’ai jamais vues », affirme Ahmad.

« A partir de l’Italie, si l’on a pas un objectif précis, on commence à se renseigner auprès des communautés syriennes de France, d’Allemagne, d’Angleterre ou d’autres pays sur les perspectives d’installation. »

Il a d’ailleurs déjà pris contact avec des compatriotes de Metz, où l’attend un logement attribué par l’Ofii.

Un plan de la ville avec Google Maps

Or, tout un pan de cette population en transit est de facto exclue de ces ouvertures : diaspora faible ou inexistante, pas de culture internet, pas de smartphone… Des éléments liés. Matthieu confirme :

« Il est vrai que les Soudanais par exemple utilisent le plus souvent un téléphone de base, que l’on peut trouver n’importe où, avec une carte SIM achetée au tabac du coin. »

Les rares à utiliser le smartphone sont issus de famille aisée en leur pays ou diplômés, comme Bechir, qui suit l’évolution de la frontière britannique sur le site de la BBC.

Beaucoup foncent donc tête baissée, ce qui engendre parfois des situations absurdes. Jacob, un jeune Soudanais, explique qu’un de ses amis l’a appelé après avoir passé plusieurs heures planqué dans un camion. Dans un éclat de rire, il raconte :

« Il ne parle qu’arabe. Il a arrêté un passant pour que je demande pour lui dans quel pays il était. Il avait réussi, il était en Angleterre. »

 

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 11:01

Desmond Dubi, footballeur professionnel de formation, vit en France depuis six ans et ne parvient pas à obtenir l’autorisation de travailler. Il lance un appel à l’État

« Il a le droit d’être sur le sol français, d’être soigné, d’être logé, d’être nourri… Mais pas celui de travailler ! » Emmanuel Mailly, membre du collectif des sans-papiers de l’Aisne, ne comprend pas. Pourquoi interdit-on à Desmond Dubi de devenir « autonome » ? Depuis plusieurs mois, le Chaunois tente vainement d’aider ce Ghanéen de 28 ans, arrivé en France en 2009, multipliant les allers-retours à la préfecture de l’Aisne. Mais rien. À ce jour, Desmond, joueur professionnel de football, cumule dix récépissés de trois mois sans autorisation de travailler. Alors qu’il ne demande que cela, même dans un autre domaine.

« Un blocus de la part

de la préfecture »

Pourtant ce ne sont pas les promesses d’embauche qui manquent. La dernière date d’août. « Mais elle n’a jamais quitté la préfecture, elle est restée en interne. » Selon le service de l’État, il manquerait des renseignements tels que le type de contrat ou le nombre d’heures, alors qu’« habituellement, ils ont besoin d’une simple déclaration », assure Emmanuel Mailly, rodé à ce type de démarches. Quoiqu’il arrive, il est trop tard. « Desmond a perdu un boulot. Le gérant a trouvé quelqu’un d’autre. »

Parole de bénévole, le « défenseur des sans-papiers » n’a jamais vécu pareille situation avec d’autres. « C’est une aberration, car il a le droit d’être en France, mais il n’a pas le droit de s’assumer seul. Il faut que l’on se positionne. » Même son de cloche du côté de Sabine Fontaine, également membre du collectif, « amie de Desmond et femme d’un ancien sans-papiers. » « C’est anomal, ce n’est pas un boat-people. On ne peut pas jouer avec les gens comme ça ! » D’autant que selon elle, cet homme est « un modèle d’intégrité. » Tous deux soupçonnent « un blocus de la part de la préfecture. » « Il y a de quoi devenir parano », affirme-t-elle. Au point d’essayer de récupérer actuellement toutes les feuilles de matches auxquels Desmond a participé.

 

Lire la suite sur L'Aisne nouvelle

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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 10:48

Ce samedi après-midi, un conseiller régional et une enseignante sont devenus les parrain et marraine républicains de Ruth, une collégienne angolaise en situation irrégulière.

Forte émotion cet après-midi dans l'hôtel de ville de Saint-Barthélémy-d'Anjou. Ruth, 15 ans, élève du collège de la Venaiserie, qui vit sans papiers en France, a été parrainée par Mathieu Orphelin, conseiller régional écologiste, et sa prof de français Patricia Fkihane.

 

Une cérémonie menée par Dominique Bréjeon, le maire de la commune : "Liberté ne doit-il pas rimer avec fraternité ?", a-t-il affirmé dans son discours.

"Tu es parfaitement intégrée à la vie du collège. C'est impensable que tu n'en fasses plus partie", ont soufflé, émues, ses amies Camille et Tiphaine, devant une centaine de personnes, dontles maires de Sarrigné, Ponts-de-Cé, Plessis-Grammoire et le député PS Luc Belot.

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 22:10

Ce que Lassana a fait sur son lieu de travail, le 9 janvier dernier, personne d'autre que lui n'aurait pu le faire ainsi...

Lorsque j'ai rencontré Lassana au lycée Jean-Jaurès (Paris XIXe), j'appartenais déjà à une équipe de profs soudée : ma collègue d'arts appliqués Zimba Benguigui emmenait les tailleurs de pierre et les carreleurs-mosaïstes (dont Lassana) à la découverte des trésors de Pompéi, pour un voyage scolaire en Italie. Mon collègue d'anglais Philippe Clarac animait un ciné-club le lundi soir. Nous proposions aussi aux élèves, des ateliers de musique pour tous les goûts : métal, pop, rap ou coupé décalé l'après-midi. Le midi était consacré au djembé et les voisins immédiats de la cours de récréation du lycée s'en souviennent encore avec émotion. Notre proviseur était également très ouvert sur la culture et avait accueilli l'équipe du film Entre les murs, qui fut tourné en un été à Jean-Jaurès. Geoffrey Oryema (artiste World music internationalement reconnu) venait animer nos Journées Portes Ouvertes, aux côtés de la batucada rose de Paris : Yolande Do Brasil. Lassana était surtout intéressé par le foot, il était capitaine de son équipe et n'avait pas le temps de participer à nos ateliers de musique. Par contre, il était présent à tous nos concerts et représentations, prêt à danser et mettre l'ambiance.

 

            Notre lycée –aujourd'hui fermé– accueillait des élèves allant de la 6ème au Brevet Professionnel dans des formations des métiers du bâtiment. Lassana faisait partie de ces élèves très respectueux, qui ne se font pas remarquer, mais dont l'humour et la disponibilité les rendent très populaires auprès de leurs camarades. En tant que PLP (Professeur des Lycées Professionnels) j'enseignais tour à tour l'anglais et les lettres à sa classe. J'ai gardé un souvenir très fort de la lecture d'une scène de la pièce de théâtre A petites pierres de Gustave Akakpo (œuvre traitant de la lapidation d'une femme adultère en Afrique) par Tony, un camarade de classe de Lassana qui s'était ce jour-là révélé comme un acteur né.

 

            On aimait y travailler, mais Jean Jaurès n'était pas un lycée paisible comme l'est mon lycée actuel : Hector Guimard. A Jean Jaurès, en 2006, le niveau de violence était tel que nous avions décidé d'exercer notre droit de retrait. Notre mouvement qui dura 15 jours fut déclenché par une accumulation d’événements violents. Une violence physique entre élèves et même parfois entre élèves et adultes, mais également une violence verbale. Une des bagarres entre élèves les plus violentes, au cours de laquelle j'ai dû m'interposer avait pour origine le recours à l'expression « sale blédard ». Un élève français, enfant d'immigré désigna ainsi un autre élève né à l'étranger. La réaction disproportionnée de l'offensé –qui devait l'amener à être exclu définitivement de l'établissement– n'est pas excusable. Mais en disant cela, il faisait plus qu'insulter son camarade, qui hélas pour lui (et pour moi) pratiquait assidûment le kung-fu. Il niait ainsi en quelque sorte sa propre origine et le fait que ses propres parents avaient essuyé les mêmes quolibets.

 

            En juillet 2006, Abdellah, élève en CAP Peintre en Bâtiment était arrêté et expulsé vers le Maroc. Il faisait partie de la petite bande que nous emmenions à l'Espace Sedaine un studio d'enregistrement appartenant à la Protection Judiciaire de la Jeunesse, avec qui nous avions un partenariat. L'expulsion d'Abdellah fût pour nous un choc terrible, pour moi ce fût une prise de conscience. Des élèves que je côtoyais tous les jours et que je connaissais bien, vivaient –une fois sortis du lycée– avec la peur au ventre. La peur de tomber sur un contrôle de police et que leur vie bascule pour un simple problème administratif.

 

            Dès la rentrée de septembre, j'initiais la création du comité Jean Jaurès. Ce comité fût tout de suite rattaché au Réseau Éducation Sans Frontières, grâce notamment à un collègue du lycée Hector Guimard qui vint nous aider à le monter. Il comprenait des collègues du lycée, une parent d'élève et des militants du quartier issus de mouvements tels que le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les Peuples), la Ligue des Droits de l'Homme et le Réseau Chrétien Immigrés (qui comptait le doyen de notre comité : Henri âgé de plus de 80 ans à l'époque). Notre comité se réunissait dans les locaux du lycée, une fois par semaine, puis tous les 15 jours. Il était dynamique, enthousiaste et particulièrement bruyant dans les manifs.

 

            Aux réunions de notre comité, on accueillait les élèves et les familles qui devaient demander des titres de séjour à la Préfecture de Police. On y préparait les dossiers, on les rassurait et on les accompagnait à la Préfecture. C'est ainsi que Lassana vint un soir, accompagné de son grand frère, à une de nos réunions pour nous demander un coup de main. Il fut parrainé par un de mes collègues, professeur de peinture et par un membre de la LDH, lors d'une cérémonie très émouvante dans la grande salle de la mairie du XIXème arrondissement. A cette époque, lors de ces cérémonies, les élusparrainaient en moyenne 70 familles ou jeunes scolarisés, en les plaçant sous leur protection. Les classes de primaire montaient sur l'estrade pour chanter en chœur et nous amenions nos djembés ou nos guitares pour participer à l'ambiance. Les familles parrainées s'occupaient du buffet et on pouvait manger des beignets aux crevettes en entrée, du tiep bou dien (très bon, mais pas très pratique à manger debout dans une assiette en carton avec une fourchette en plastique) en plat de résistance et du baklava en dessert, sans oublier une coupe de champagne. C'était des moments magiques.

 

            Lassana quitta Jean Jaurès en 2009, avec 2 CAP en poche, un en Carrelage et l'autre en Peinture. Malgré un dossier excellent, la Préfecture de Police de Paris refusa de lui délivrer un titre de séjour en mars 2009. Pour l'appel, qui fût jugé au Tribunal Administratif en janvier 2010, Lassana se défendit seul dans le tribunal sans avocat. Avec Anthony Jahn de RESF 19ème, nous l'avions aidé à préparer sa plaidoirie. A cette occasion, il nous avait déjà impressionnés par la maturité et le courage dont il avait fait preuve.

 

 

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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 21:36
Il avait caché plusieurs clients de l’Hyper Cacher le 9 janvier. Le jeune employé malien du supermarché recevra ce soir la nationalité française. Une récompense qui aurait pu venir plus tôt dans le parcours de cet ex-lycéen sans papiers, qui a rencontré un jour la France de la solidarité.

«Il a encore des nuits difficiles. » Militant de la Ligue des droits de l’homme (LDH), Denis Mercier est le « parrain » de Lassana Bathily, ce Malien de vingt-quatre ans, employé de l’Hyper Cacher, qui a caché plusieurs clients dans la chambre froide du magasin, lors de la prise d’otages du 9 janvier. Si le jeune homme affiche à nouveau, de temps à autre, le sourire que ses enseignants du lycée professionnel Jean-Jaurès appréciaient tant, il se dit aussi « triste d’avoir perdu un ami », Yohan Cohen, salarié comme lui du supermarché de la porte de Vincennes, tué en essayant de désarmer Amedy Coulibaly.

Un incroyable tourbillon 
politique et médiatique

Garçon modeste et travailleur, Lassana Bathily a été absorbé depuis son geste par un incroyable tourbillon politique et médiatique. Félicité au téléphone par François Hollande, et en personne par le président du Mali, Ibrahim Boubakar Keïta, qui l’a remercié d’avoir « ramassé le drapeau du Mali que Coulibaly avait laissé à terre », ou encore par le secrétaire d’État américain, John Kerry, vendredi à la Mairie de Paris, il se verra décerner ce soir la nationalité française, place Beauvau, lors d’une « cérémonie d’accueil » présidée par Bernard Cazeneuve. Une vraie fierté pour ce garçon longiligne, à la fine barbichette noire. « C’est mon rêve depuis tout petit de devenir français. Mon père s’était installé dans ce pays pour y travailler dès 1967, et je le voyais faire les allers-
retours. » Les dates, Lassana Bathily en a une mémoire bien précise, lui qui a subi pendant de longues années le parcours du combattant imposé aux étrangers par les pouvoirs publics. Arrivé « le 10 mars 2006, à 19 h 30 » sur le sol français, à l’âge de seize ans, il a connu depuis les files d’attente interminables et les tracasseries administratives, la « honte » d’être sans papiers et l’angoisse de l’arrestation, mais aussi la solidarité et la justice. Celles que défendent – incarnent même – ces citoyens qui, à l’école ou dans les réseaux associatifs et syndicaux, viennent en aide aux jeunes sans-papiers.

C’est au lycée pro Jean-Jaurès (Paris 19e) que Lassana Bathily va d’abord bénéficier de ces précieux soutiens. Révoltés par l’expulsion d’un jeune à l’été 2006, les enseignants se sont organisés pour que pareille injustice ne se reproduise plus et que leurs élèves, avec ou sans papiers, puissent aller jusqu’au bout de leur scolarité. Ce sera le cas de Lassana, élève modèle, « toujours à l’heure, toujours souriant », se souvient sa prof d’arts appliqués, Zimba Benguigui. Il décroche « brillamment » son CAP de carreleur mosaïste en 2009, avant d’obtenir l’année suivante celui de peintre.

Son quotidien, pourtant, reste précaire. Un jour, tout juste majeur, Lassana se fait contrôler dans la rue par la police. Avec pour seul papier son certificat de scolarité. Il risque l’expulsion. « Mais le policier a été très compréhensif et humain, raconte Denis Mercier. Il lui a dit “vous savez, il y a des associations pour aider les jeunes comme vous”. » L’histoire aurait pu beaucoup plus mal finir. Le locataire de l’Élysée de l’époque a fixé des quotas d’expulsions qu’il exige de voir remplis. « Sous Sarkozy, c’était vraiment dur, confirme Lassana Bathily. Il y avait des arrestations tout le temps, toutes les semaines. Je me souviens que quand on sortait du lycée, on était obligé d’appeler avant, au foyer, pour vérifier que les policiers n’étaient pas là pour embarquer le maximum de gens… » En 2009, d’ailleurs, le couperet tombe. La demande de régularisation de Lassana est refusée. Il est sous le coup d’une « OQTF », une obligation de quitter le territoire. « Dans la rue, 
je marchais avec la peur au ventre, je regardais à droite, à gauche, se souvient-il. Et j’évitais les gares, où il y avait beaucoup d’arrestations. »

Lassana et ses soutiens ne baissent pourtant pas les bras. Et engrangent les « preuves » de sa volonté farouche de « vivre ici ». Le jeune homme vient défendre lui-même son dossier au tribunal. « Quand ils ont appelé mon nom, j’avais les jambes qui tremblaient. Mais dès que j’ai eu la juge devant moi, j’étais déterminé. On me demandait de m’intégrer, de me former, et c’est exactement ce que je faisais. » Résultat, un premier titre de séjour obtenu « le 22 juin 2011 ». Un soulagement. S’il ne parvient pas à trouver de travail correspondant à ses qualifications, Lassana Bathily ne se décourage pas et multiplie les petits boulots : « Ménage, plonge, bâtiment, commerce… J’ai fait un peu de tout », égrène-t-il. Jusqu’à devenir l’homme à tout faire de l’Hyper Cacher, à partir de 2012.

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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 19:05

Après la prise d'otages meurtrière du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes, à Paris, un nom a émergé comme une note positive au milieu de trois jours cauchemardesques : Lassana Bathily. A seulement 24 ans, ce Malien de confession musulmane qui travaillait dans le supermarché casher attaqué par Amedy Coulibaly est devenu un symbole. C'est lui qui a caché six personnes aux yeux du preneur d'otages, tué dans l'assaut des forces de police.

Dès le début de la prise d'otages, vendredi 9 janvier, peu avant 13 heures, Lassana Bathily a le réflexe d'aider six clients paniqués, dont un nourrisson, à se dissimuler dans l'une des deux chambres froides au sous-sol, en débranchant le système de réfrigération. « J'ai pas caché des juifs, j'ai caché des êtres humains », déclarera-t-il ensuite humblement à plusieurs médias.

Lassana Bathily réussit ensuite à sortir par la porte principale avant que le preneur d'otages ne baisse le rideau de fer. Il donnera ainsi aux policiers de la brigade de recherche et d'intervention (BRI), de la brigade anticriminalité (BAC) et du RAID (Recherche, assistance, intervention, dissuasion) de précieuses informations sur l'armement du terroriste, la présence de bâtons d'explosif, la topographie du magasin et le nombre d'otages.

Le patron du RAID, Jean-Michel Fauvergue, a décrit au Monde un « mec super malin », « un type remarquable ».

DE LA DEMANDE DE PAPIERS À LA NATURALISATION

Né le 27 juin 1990, originaire d'un village de la province de Kayes, dans l'ouest du Mali, Lassana Bathily est arrivé en France en mars 2006 pour rejoindre son père. « Ma mère n'a jamais pu nous rejoindre, elle est actuellement toujours au Mali », raconte-t-il au site France 24.

A son arrivée, c'est le long parcours du combattant des immigrés sans papiers qui l'attend. Il mettra quatre ans pour en obtenir. Plus que tout, il veut devenir français. « La France est un beau pays où tu peux vite t'intégrer, où on te soigne même si tu n'as rien », confie ce fan du footballeur Lilian Thuram, à l'Agence France-presse.

De 2007 à 2009, Lassana Bathily est scolarisé dans un lycée professionnel du 19e arrondissement de Paris. « Il y a brillamment obtenu son CAP de carreleur-mosaïste », témoigne à L'Humanité l'une de ses anciens professeurs. A cette époque, il est hébergé dans un foyer de travailleurs migrants du 17e arrondissement parisien. L'un de ses amis raconte à France 24 :

« On était plusieurs Maliens, on s'entraidait comme une même famille, ceux qui pouvaient apportaient un peu d'argent et on arrivait à survivre comme ça. »

Ayant échappé à l'expulsion en 2009, Lassana Bathily obtient enfin, en 2011, une carte de séjour. Il décroche un premier contrat de travail dans la restauration dans la foulée. Après cette première expérience, il est embauché dans l'épicerie casher de Vincennes, où il travaillait depuis quatre ans au moment de la prise d'otages. Musulman pratiquant, il s'y sentait à l'aise, précise-t-il :

« On ne m'a jamais fait aucune remarque sur ma religion, ça a été comme une deuxième famille pour moi. »

Le 7 juillet, Lassana Bathily dépose une demande de naturalisation.


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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 11:11

Cela fait maintenant deux ans que le collectif Envie de partager avec les migrants se réunit tous les deux mois pour échanger sur la situation locale des sans-papiers. « Notre groupe réunit les membres de plusieurs associations roubaisiennes dont la Pastorale des migrants, le Secours catholique, ou encore l’association AGIR », explique Marcel Marchand, représentant la Mission ouvrière.

Leurs rencontres quotidiennes avec les populations migrantes les ont incités à organiser une rencontre solidaire, ouverte à tous, le samedi 17 janvier, à la veille de la journée mondiale du migrant et réfugié. « Nous souhaitons changer le regard de la population sur les Roms, les sans-papiers, et les migrants en général, en rendant compte des échanges humains que nous avons vécus », explique Caroline, membre de l’association AGIR. La rencontre solidaire sera centrée sur les témoignages de migrants souhaitant partager leurs expériences, avant de produire une déclaration finale en fin de journée. « Le plus important demeure l’écoute et la création de liens dépassant les préjugés », conclut Marcel Marchand.

 

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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 20:58

 

Au mois de novembre, l'agglomération lyonnaise comptait au moins 200 enfants sans toit dans les écoles, pour la plupart issus de parents sans papiers. Le Réseau Education Sans Frontières constate une fois de plus que la France réserve un sort inacceptable à ces élèves et s'associe aux actions qui sont menées depuis plus d'un mois dans de nombreuses écoles : occupation des locaux, repas solidaires, rassemblements, manifestations. Avec les nombreux réseaux de soutien locaux (parents d'élèves, enseignants, habitants du quartier) et le collectif « Jamais sans toit », une force collective remarquable se construit et s'élève contre l'intolérable. La dynamique doit continuer, s'amplifier et faire vivre l'espoir d'un mouvement puissant pour défendre l'humain.


Le 20 novembre dernier, la France célébrait l'anniversaire de sa signature de la Convention des Droits de l'Enfant. Le même jour, l'agglomération lyonnaise comptait au moins 200 enfants sans toit dans les écoles. Ce constat est insupportable. Tous les matins nous voyons arriver à l'école ces enfants dans un état de fatigue et de santé que l'on peut imaginer.

 

Le droit à l'éducation est un pilier précieux de notre société, que les citoyens consciencieux défendent à tout prix. Ce droit est à l'heure actuelle bafoué : il n'est pas sérieux de penser qu'un enfant puisse suivre une scolarité digne de ce nom lorsqu'il dort sur un trottoir, dans une voiture, sous une tente. On admettra qu'aucune démonstration n'est nécessaire pour se convaincre de cette évidence. Ainsi, les citoyens, enseignants et parents d'élèves ne font que leur devoir lorsqu'ils alertent les autorités à ce sujet.

 

Le 20 novembre, les Droits de l'Enfant ne pouvaient être célébrés sans que soit dénoncée cette situation catastrophique qui fait honte à la France. De nombreuses écoles lyonnaises ont ainsi décidé de se mobiliser pour venir en aide aux élèves sans toit et demander pour eux des solutions d'hébergement aux autorités compétentes. Ce jour-là, dans le calme et dans le respect des principes élémentaires de sécurité, plusieurs écoles ont entamé une occupation des locaux scolaires afin d'éviter à des dizaines d'enfants de dormir dehors. Cette décision collective et solidaire a été portée par des parents d'élèves sensibles aux valeurs d'égalité et de fraternité. L'occupation des écoles a été évoquée par plusieurs médias et a provoqué la consternation solidaire de nombreux citoyens.

 

La réaction immédiate des autorités a été consternante, loin d'être à la hauteur de la gravité de la situation. Chacun s'est renvoyé la balle, les réponses se sont fait attendre pendant plusieurs semaines pour être finalement décevantes. De nombreuses familles restent sans solution d'hébergement, pour les autres les solutions son précaires et provisoires. La sortie du plan froid sera rude. Malgré les mobilisations citoyennes pour la réquisition de logements vides, aucune démarche n'a été entreprise par les autorités dans ce sens. Nous constatons un manque d'ambition, un manque d'engagement, un manque d'initiative, un manque d'imagination. Au lieu d'imaginer de nouvelles solutions d'hébergement dans chaque arrondissement, dont le fonctionnement, pourquoi pas, créerait des emplois, la petite politique du compte-goutte et du thermomètre continue.

 

Cette réponse inadaptée des autorités est une anomalie. Chacun doit jouer son rôle en fonction des pouvoirs à sa disposition. Les citoyens, sans grand pouvoir, jouent leur rôle en tirant la sonnette d'alarme. Les autorités locales doivent jouer leur rôle. L'Etat doit jouer son rôle. Tous les élèves doivent avoir un toit si la France souhaite continuer de défendre trois droits fondamentaux intimement liés : le droit à la santé, le droit au logement et le droit à l'éducation.

 L'issue de la mobilisation n'est pas satisfaisante. Elle doit donc continuer.

 

 

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7 janvier 2015 3 07 /01 /janvier /2015 15:55

Fondée en 1939, la Cimade est l’une des plus anciennes associations d’aide aux réfugiés et personnes persécutées. Pendant la guerre, elle a caché des Juifs. Dans les années 70, elle défendait les exilés chiliens, argentins, iraniens… Aujourd’hui, son principal travail est de soutenir les étrangers confrontés au durcissement des conditions d’accueil en France.

Tout au long de son histoire, la Cimade s’est bagarrée avec la bureaucratie d’Etat, toujours réticente à délivrer des titres de séjour. Mais depuis quelques années, elle fait face à un défi nouveau: la méfiance de l’étranger a gagné l’espace public.

Sur les plateaux de télévision, à la une de certains journaux, dans la bouche de certains politiques et même de penseurs reconnus, le discours xénophobe s’est banalisé. L’étranger est réduit à un statut de «problème», utilisé sans vergogne pour projeter ses peurs ou faire monter l’audimat. Dans ces débats nauséabonds, il ne semble venir à l’idée de personne d’aller tout simplement à sa rencontre…

Partant de ce constat, la Cimade a eu l’idée de demander à des intellectuels de faire une plongée «en immersion» dans l’une de ses permanences d’aides aux demandeurs d’asile et aux sans-papiers. Puis, dans un deuxième temps, de les inviter à exposer leurs réflexions au public. Tel est le principe des «Rencontres de la Cimade», qui auront lieu trois fois par an, et dont «l’Obs» a choisi d’être partenaire.

"L'étranger est-il mon égal ?"

Le premier invité à s’être plié à ce jeu est le philosophe Michael Foessel. L’immersion a eu lieu début décembre, dans la permanence de la Cimade à Belleville et, selon ses propres dires, ce fut un moment «intense et motivant».

 

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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 00:28

Les ex-travailleurs migrants d’un vieux meublé parisien déserté par sa gérante sont à nouveau menacés d’expulsion, en pleine trêve hivernale.

De nouveau, la quarantaine de «chibanis» du 73, rue du Faubourg-Saint-Antoine à Paris (lire Libération du 29 août) ont été prévenus de leur expulsion à la dernière minute.

Cette fois, c’est un arrêté de la préfecture de police placardé dans leur vieil hôtel meublé qui les a avertis de l’interdiction totale d’habiter le lieu, malgré la trêve hivernale. «Les quatre policiers qui sont venus l’afficher nous ont dit que nous serions virés début janvier», explique Mohamed Amrouni, l’un des plus vieux locataires.

 

Cafards. En juin, les anciens travailleurs migrants installés ici depuis dix, vingt ou quarante ans avaient appris qu’ils étaient expulsables depuis un an. La gérante, pourtant au courant, ne les avait avertis de la situation qu’à la dernière minute. «Anciens et sérieux locataires», selon cette dernière, tous sont en règle, et la plupart sont arrivés en France dans les années 60 pour travailler. Après plusieurs semaines de lutte, les retraités avaient obtenu un délai de la préfecture. Ian Brossat, l’adjoint (PCF) au logement de la ville de Paris, et François Vauglin, maire (PS) du XIe arrondissement, s’étaient engagés à ce qu’ils ne soient pas expulsés avant la fin de la trêve hivernale. Le temps pour la municipalité de trouver une solution de relogement définitive, au printemps 2015.

L’arrêté, qui fait état d’une interdiction totale d’habiter l’immeuble, s’appuie sur un constat du service d’inspection de la salubrité. L’absence de gardien «formé aux moyens de secours» et de «suivi sur le plan de la sécurité incendie» mettrait les habitants «gravement en danger». Ce qui explique la rapidité d’action de la préfecture. Côté locataires, l’argument fait franchement rire. Tous vivent depuis des années entre les cafards, dans l’humidité de leurs petites chambres, sans avoir jamais vu de rénovation quelconque. «Cet hôtel, ça fait quinze ans qu’il est pourri, s’indigne Layachi Ait-Baaziz, habitant du meublé. Aucun service d’inspection n’est venu nous voir les années précédentes. Et l’ancien gardien n’avait aucune formation de sécurité. Pourquoi se réveillent-ils maintenant ?»


Depuis le mois de septembre, la gérante de l’hôtel ne donne plus de nouvelles. Les vieux messieurs, qui ont créé leur association, cotisent tous les mois pour payer eux-mêmes les charges, l’eau et l’électricité. Fiers de leur boulot, ils ont aussi refait une partie de la plomberie. «C’est plus propre qu’avant», s’amuse Djamel. Depuis l’affichage de l’arrêté préfectoral, ils sont quatre à se relayer dans l’ancienne loge du gardien pour que quelqu’un surveille les lieux 24 heures sur 24.

 

«Hypocrisie». Jean-Baptiste Eyraud, du Droit au logement (DAL), aide les chibanis depuis le début de leurs mésaventures : «Il y a une certaine hypocrisie dans cette histoire. Légalement, la préfecture a le droit de les expulser, mais elle n’est pas obligée de le faire. Tout ça est fait de façon cavalière, et la préfecture ne tient pas compte des efforts que les habitants sont prêts à déployer.» Ian Brossat expliquait en septembre : «Ce sont des hommes qui ont produit des richesses en France. Le pays a une dette à leur égard.» Il déplore aujourd’hui la décision de la préfecture, en soulignant que «cette décision n’est pas du fait de la mairie». Et réaffirme la volonté de la municipalité de trouver une solution pour les vieux locataires. «Je considère qu’il est temps qu’ils aient accès à des logements pérennes.» Un immeuble servant de foyer à des cadres de la SNCF devrait être mis temporairement à disposition des habitants de l’hôtel, avant un relogement définitif.

 

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