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Qui Sommes-Nous?

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 20:12
C'est presque unanimement qu'ils ont répondu « oui » au référendum sur la départementalisation de Mayotte. Le 29 mars 2009, 95,2 % des électeurs mahorais ont exprimé le souhait de voir leur île devenir le 101eme département français et le 5eme département d'Outre-mer (DOM). Ce changement de statut – qui doit intervenir en 2011 – marque-t-il la fin de l'hypocrisie française dans l'archipel des Comores ?

Une hypocrisie qui a débuté avec le premier référendum de 1974 sur l'indépendance des Comores. Les populations de la Grande Comore, de Moheli et d'Anjouan y ont répondu favorablement, contrairement à la quatrième île de l'archipel, Mayotte, qui devait finalement rester française.

Tout en refusant d'admettre que le mode de comptabilisation par île des résultats était illégal et qu'en droit international Mayotte aurait dû rester comorienne, la France n'a pas pour autant tenu l'engagement que le général De Gaulle avait pris envers l'ensemble des peuples colonisés. Ce dernier avait assuré en 1958 qu'ils pourraient choisir entre le statut de territoire d'Outre-mer et celui de département.

Statut territorial ambigü

Or, lors d'une nouvelle consultation référendaire en 1976, Mayotte a repoussé le statut de territoire d'Outre-mer. Malgré tout, la France a préféré lui donner le statut ambigü de collectivité territoriale.

Un statut « provisoire » qui a prévalu pendant 25 ans... En devenant en 2001 une collectivité départementale, Mayotte préparait en effet la transition vers le statut de département, dont l'acceptation par les Mahorais ne faisait de doutes pour personne.

Sous couvert du respect des spécificités culturelles de l'île, cette hypocrisie française relative au statut de Mayotte s'est doublée d'une certaine lâcheté. Ainsi, pendant plus de 30 ans, la France a fermé les yeux sur l'application dans la collectivité de lois coutumières violant les droits fondamentaux. Tandis que Paris ratifiait la Convention européenne des droits de l'Homme, des règlements inspirés de la charria continuaient d'être appliqués à Mayotte.

Les cadis – autorités musulmanes investies entre autres des fonctions de juges – y perpétuaient l'inégalité entre les hommes et les femmes, autorisaient les mariages d'enfants de moins de 15 ans et, par leurs décisions aléatoires, faisaient régner l'insécurité juridique pour les Mahorais relevant du « droit local » - régime dérogatoire au doit commun.

Polygamie, répudiation, mariages d'enfants

Pour autant, l'accession de Mayotte au statut de département – que seuls les dignitaires musulmans semblent avoir repoussé – va-t-elle effectivement mettre un terme à ces pratiques que la loi française a cautionnées ? A l'image des quatre autres DOM, Mayotte devra, à compter de 2011, appliquer les lois et les règlements de la République « de plein droit », même si elle peut obtenir quelques aménagements du fait de ses spécificités insulaires.

Les fonctions judiciaires des cadis devraient par conséquent être entièrement dévolues aux magistrats de droit commun, qui ne jugent actuellement que les Métropolitains, les étrangers ainsi que la minorité de Mahorais ayant renoncé à leur statut personnel de droit local. La polygamie, la répudiation ainsi que le mariage d'enfants avant l'âge de 18 ans pourraient ainsi être complètement prohibés.

Mayotte encore davantage attractive

La départementalisation devrait par ailleurs permettre à Mayotte de bénéficier d'une protection sociale égale à celle existant en métropole et dans les autres DOM. Aussi, la couverture maladie, le SMIG, les retraites ou encore le RMI devraient progressivement s'aligner sur les niveaux nationaux, dans cette île au PIB trois fois inférieur à celui de la Réunion et... dix fois supérieur à celui des l'Union des Comores !

Le bénéfice de ces nouvelles prestations sociales combinés à la probable éligibilité de Mayotte aux fonds structurels européens vont immanquablement creuser l'écart de développement déjà énorme entre l'île française et ses voisins immédiats que sont l'Union des Comores (134eme rang mondial au PNUD) et Madagascar (143eme). Mayotte, dont le tiers de la population est constitué d'étrangers en situation irrégulière, n'en deviendra que davantage attractive.

L'échec de la chasse aux clandestins

Face à ce constat, la France ferait mieux de cesser de prétendre que le renforcement des contrôles aux frontières peut solutionner cette immigration du désespoir. D'ailleurs, les chiffres des autorités montrent bien que les radars et les vedettes n'ont jamais découragé les candidats à l'immigration clandestine.

En effet, 80 % des femmes accouchant illégalement à Mayotte y retourne tout aussi clandestinement dans le mois qui suit leur reconduite à la frontière. Tandis qu'on entasse les sans-papiers comme du bétail dans l'unique centre de rétention de Pamandzi, et que l'on se targe d'en reconduire 16 000 chaque année, les kwassas-kwassas continuent de défier la mer et la mort pour gagner les côtes mahoraises...

Au lieu de chercher à atténuer les antagonismes de plus en plus prégnants entre Mayotte et le reste de l'archipel, la France ravive les rancoeurs du passé en élevant un mur entre Mayotte et les Comores. Tout en prétendant privilégier le « développement solidaire » avec l'archipel, la France appuie les putshistes comme le colonel Bacar, ancien président de l'île d'Anjouan qu'elle a exfiltré en mars 2008 via Mayotte et La Réunion, au nez des Comoriens.

L'hypocrisie française dans la région semble hélas avoir de beaux jours devant elle... 

Gaëlle GONTHIER - Afrikanheure.info 
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