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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 11:28

Au mépris d'une ordonnance du TA de Lille, la Préfète du Pas-de-Calais a ordonné la destruction du campement précaire regroupant migrantes et migrants autour de l'établissement concentrationnaire voulu par le Premier Ministre. De Calais à l'île de Lesbos, aux frontières extérieures et intérieures de l'UE, exilées et exilés sont les victimes de discriminations niant leur humanité même.

C’est donc fait. À l’écart de la ville de Calais, sur un terrain insalubre adossé à la rocade d’autoroute qui conduit d’un côté au port des ferries et de l’autre à la zone d’embarquement du tunnel sous la Manche, dans le voisinage immédiat des terrains pollués de l’entreprise de produits chimiques Tioxide, le Premier ministre, Manuel Valls, a fait entasser un centaine de conteneurs de métal blanc. Avec des point d’eau et des toilettes extérieures, sans cuisine, cet ensemble cellulaire de 125 boîtes en alu est destiné à « accueillir », dans des chambres à douze couchettes superposées, 1500 parmi les 6000 à 7000 exilées et exilés qui tentent désespérément de gagner l’Angleterre. Entouré d’une barrière métallique et placé sous la haute surveillance de la police, ce « centre d’accueil provisoire » (CAP) est inaccessible aux associatifs ; il n’est autre qu’un camp de concentration moderne, aseptisé, dont on peut sortir, certes, ne serait-ce que pour se nourrir ou être expulsé.

Pour les autres migrants, une partie d’entre eux a été dirigée dans d’aléatoires « centres d’accueil et d’orientation » (CAO) dispersés et improvisés sur tout le territoire de l’hexagone. Ces « centres de répit » ont pour but affiché de permettre à réfugiées et réfugiés de formuler une éventuelle demande d’asile et pour objectif inavoué de les inviter à quitter la France avant de recevoir un OQTF. Quant à l’autre partie, soit environ 3000 migrantes et migrants, leurs abris de fortune sont progressivement la proie des bulldozers. En effet, par décision préfectorale du 12 février 2016, toute la partie sud de la nouvelle « jungle » de Calais doit être évacuée avant le 1er mars. Mettant en doute la légalité de l’arrêté, le Tribunal administratif de Lille en a (très provisoirement) suspendu l’exécution [1]. En cause : la mosquée, une église, une école, une bibliothèque, une tente d’accueil pour les femmes et les enfants, menacées d’être rasées ; ces « lieux de vie » (« soigneusement aménagés et répondant à un besoin réel ») devraient être épargnés. Mais, au mépris de l’ordonnance des juges, en ce 29 février 2016, un jour avant le délai prévu par l’arrêté préfectoral, les bulldozers sont là et les CRS agissent, détruisant, incendiant et molestant migrantes et migrants. La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, allègue que l’État désormais offre à chaque migrant « une solution humanitaire »… Pour interdire l’accès des exilés à l’autoroute, les destructions avaient d’ailleurs déjà commencé au début février : une église et une mosquée ont été rasées à cette occasion [2]. Le no man’s land ainsi créé permet à la police de surveiller les mouvements des migrants et de les asperger de gaz lacrymogènes ; il faut entraver leurs tentatives de rejoindre le port ou l’entrée du tunnel, voire l’Angleterre au risque de leur vie, en général avec l’aide de passeurs qui ont profité de ces obstacles répressifs pour tripler leurs tarifs.

Négation de l’humanité : la collaboration de deux Ministres

C’est ainsi donc qu’en collaboration avec son collègue Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur, le Premier Ministre Manuel Valls tente de rendre invisibles exilées et exilés, qu’ils soient réfugiés au sens de la convention de Genève de 1951 (tels les Syriens, mais aussi les Afghans et les Irakiens, sans oublier les Érythréens et les Soudanais) ou migrants (provenant surtout de l’Afrique subsaharienne). Toutes et tous ont été les victimes des discriminations les plus sévères, de menaces quant à leur vie et de violences répressives ; elles découlent d’actes de guerre ou d’une misère économique dont les pays occidentaux sont en général les complices, sinon les protagonistes mêmes. Pire encore, en élevant des barrières sécurisées les deux ministres nient les légitimes aspirations de migrantes et migrants ; en les privant des requis de l’hygiène la plus élémentaire ils en nient l’humanité ; en les évacuant et les expulsant ils en nient l’existence même. Condamnés à des conditions de vie dégradantes et indignes, celles et ceux qui pour seul crime ont été contraints à fuir les menaces pesant sur leur survie sont condamnés à la disparition – au mépris de leur santé physique, au mépris de leur réalité émotionnelle, au mépris de leur équilibre psychique.

Victimes dans leurs propres pays des entorses les plus sauvages aux droits de l’homme, traumatisés par les violences subies autant chez eux que dans leurs parcours aléatoires vers l’Europe, exilées et exilés se voient privés en France des mêmes droits élémentaires de la personne ; et on ne parle pas des droit sociaux : logement, santé, formation, travail…

Et pourtant écoles, centre culturel, lieux de culte, échoppes et petits cafés sont nés entre abris et tentes aux toitures précaires, le long de cheminements dans la poussière ou la boue, auprès des points d’eau et des cabines d’aisance à ciel ouvert, sous les averses orageuses, dans les vents tempétueux de l’hiver, ou l’été dernier sous le soleil mordant d’une saison caniculaire. Fondement d’une humanité partagée, indispensable à sa survie, la construction sociale et culturelle de l’homme renaît avec ses repères spatiaux et ses lieux de sociabilité, quelles que soient les conditions de précarité imposées à son développement : nécessité de l’ « anthropopoiésis ». Sans doute également dans le conflit et l’affrontement, les liens sociaux se tissent et organisent la « jungle » (la désignation est celle des migrants), spatialement et culturellement. De cette élémentaire urbanité, les associations de soutien en sont les artisans, avec les migrants eux-mêmes. Souvent des associations locales dans un région que l’on dit pourtant économiquement et moralement déprimée, mais aussi des groupes de bénévoles anglais, d’une remarquable efficacité.

Les étapes de la fermeture et de la répression

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Published by Fontenay - Diversité