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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 18:18

Chaque soir, c’est une autre bataille de Stalingrad qui se joue. A la station de métro du même nom, dans le 19e arrondissement de Paris, près de quatre cents migrants défendent leur carré de bitume. Un espace où les plus chanceux ont posé un matelas, les autres des pièces de cartons. Là, ils luttent contre le froid, la faim et la dispersion. « Si tu veux avoir droit à un hébergement un jour, il faut exister. Et pour cela, il faut faire un camp, puis le tenir quelque temps sans se laisser disperser », explique celui qu’on appelle Nikita, un des soutiens du lieu. Dans la « ville refuge » que voudrait être Paris, c’est la règle en ce mois de mars 2016.

Le campement de Stalingrad a déjà été évacué une première fois le 7 mars. 393 personnes ont été emmenées vers un hébergement, certes, mais beaucoup d’autres, qui disent avoir raté les bus, sont revenues dormir sur les lieux. En dépit des tentatives policières de ne pas les laisser se réinstaller, le camp a très vite regrossi pour atteindre à nouveau 400 personnes cette fin de semaine. Aux Afghans de la gare de l’Est, qui se sont rapatriés là, au milieu de Somaliens, d’Érythréens, de Soudanais, sont venus se joindre des expulsés du Calaisis.

Ali en fait parti. Depuis une semaine, le jeune Érythréen est devenu « Parisien », après deux mois à Calais, dans une cabane. « Mon abri a été détruit. Il était dans la zone évacuée de la jungle. Comme je n’avais plus rien, j’ai pris le train et je suis venu ici », raconte le jeune homme, qui penche finalement pour demander l’asile en France et devrait le faire depuis Paris.

Ali n’est pas un cas isolé. Virginie, du BAAM, le Bureau d’Accueil et d’Accompagnement des migrants en a « vu arriver un bon nombre comme lui… dont beaucoup de mineurs », ajoute la bénévole dont l’organisation a mis en place une permanence juridique à la mairie du 4e arrondissement, des cours de Français et un suivi des réfugiés.

Cette association est la version la plus structurée des groupes de soutiens qui accompagnent les migrants de la capitale sur leurs lieux successifs de campement depuis l’été 2015. Un groupe de citoyens qui mettent leurs compétences et leur aide matérielle au service des exilés. Une pétition circule, qui demande aux élus de gauche de la ville, de prendre position. D’autres citoyens, toujours organisés en collectifs, et beaucoup de simples citoyens sont aussi très présents. Ils observent au quotidien l’interdiction faite par les policiers d’installer de toiles de tente et sont témoins des vaines tentatives de dispersion de ce campement à la sauvette, sans proposition d’hébergement. Virginie se lasse un peu « d’expliquer aux policiers qu’on ne peut pas désintégrer les migrants, et que la terre ne va pas s’ouvrir sous leurs pieds pour les rendre invisibles », mais elle et les autres ne lâchent pas. Comme une part des migrants qui a compris qu’une vraie expulsion, avec hébergement, ça se gagne. Ainsi, le 9 mars, les exilés du lieu auraient été renvoyés à leur isolement et à leur anonymat d’étrangers qui errent dans la ville, si les femmes africaines n’avaient fait rempart de leurs poussettes contre les policiers.

L’attente d’un hébergement durable

Depuis le 2 juin, la préfecture d’Ile-de-France a opéré 17 mises à l’abri de différents campements de la capitale. 5 470 propositions d’hébergement ont été faites et aujourd’hui 3 260 personnes seraient toujours dans un de ces lieux de répit, selon la préfecture de région.

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Published by Fontenay - Diversité